Témoignage "Rue 89"

Témoignage

Dans l'indifférence, le Baclofène guérit mon mari alcoolique

Des bouteilles d'alcool (Arthur Caranta/Flickr).

 

Mon mari était malade alcoolique depuis vingt ans. Rien n'y faisait : thérapies diverses et variées, traitements tout aussi divers et variés… En octobre 2008, sa thérapeute lui conseille le livre du cardiologue Olivier Ameisen, « Le Dernier verre ». Titre trompeur : car on est vraiment loin ici des Alcooliques anonymes (AA) et de la tension permanente que l'abstinence représente.

Olivier Ameisen y parle traitement. Pas miraculeux -nous ne sommes pas dans le domaine de la croyance- mais en tout cas révolutionnaire.

Mon mari n'a plus rien à perdre : à part moi, il a déjà tout perdu -son boulot entre autres. Il décide de tenter ce traitement à base de Baclofène, médicament vieux de quarante ans utilisé essentiellement sur les scléroses en plaque.

Le 3 décembre 2008, mon mari a rendez-vous avec Renaud de Beaurepaire, psychiatre et chef de service à l'hôpital Paul Guiraud de Villejuif, qui martèle que le Baclofène donne effectivement des résultats étonnants sur l'alcoolisme. A l'époque, il est l'un des seuls à braver « les interdits » et à proposer ce traitement. (Voir l'exposé de Beaurepaire, tourné en juin, lors du colloque de l'association Aubes)


Dans le cas de l'utilisation du Baclofène pour la maladie alcoolique, nous sommes hors-AMM, soit hors autorisation de mise sur le marché (interdit ! ).

Un peu plus que ça même : pour tordre le cou au « craving », le besoin irrépressible de boire, il faut un dosage plus élevé que celui utilisé dans le cadre de son AMM, soit 80 mgs.

En résumé, pour casser le « craving », on utilise un médicament hors son autorisation de mise sur le marché et au-dessus des dosages conseillés -même si régulièrement employés outre-Atlantique.

In-di-ffé-rent à l'alcool

Mon mari montera par paliers, sur un peu plus de deux mois, jusqu'à 120 mgs. Quelques effets secondaires :

  • somnolence au début -le Baclofène est un myorelaxant-,
  • un peu de raideur dans la nuque.

Bien dérisoire par rapport aux effets secondaires de l'alcool.

C'est à 120 mgs, fin janvier/début février 2009, que mon mari devient indifférent à l'alcool. In-di-ffé-rent. Pas abstinent mais indifférent. Il peut boire un verre ou deux, sans tomber dans le tonneau. Le rêve de tout malade alcoolique dont la seule solution était jusqu'à présent l'abstinence totale avec toutes les frustrations que cela comporte.

A voir, que dis-je à savourer, de l'extérieur, c'est hallucinant. Il prend un verre avec moi le soir, on s'en sert éventuellement un deuxième… Je finis le mien, le sien part dans le vinaigrier ou l'évier. Tout ceci sans effort aucun. Sans avoir essayé de restreindre la consommation, sans employer le Baclo comme une aide à l'abstinence.

En consommant, au début, les doses excessives habituelles, jusqu'à ce que le Baclo fasse son travail. Jusqu'à ce que le Baclo lui enlève le BESOIN de boire des verres pour ne garder qu'une très raisonnable ENVIE d'en boire un ou deux. De l'aliénation de l'addiction au plaisir de la consommation maîtrisée.

Un médicament qui ne coûte rien et ne rapporte rien

Bien sûr, mon compagnon n'est pas un cas unique. L'information est passée, essentiellement vie des forums sur le Net. Le Net où les malades, faute de prescripteurs, s'approvisionnent en Baclo, en infos… Oui, pas assez de médecins prescripteurs, toujours frileux car réceptifs aux attaques permanentes à l'encontre du Baclofène de la part de :

  • l'AFSSAPS agence française de la sécurité sanitaire des produits de santé
  • le conseil de l'ordre des médecins,
  • les alcoologues,
  • et les AA en tête.

Les malades tentaient et tentent encore l'automédication. Si des réussites sont là -et elles sont là- d'autres malades qui n'ont pas accès à l'information ou renoncent devant la difficulté à obtenir une prescription, continuent de mourir.

Les essais thérapeutiques sont lancés sur toutes ces nouvelles molécules. Une étude est lancée sur le Baclofène mais à un dosage perdu d'avance (90 mgs) : certains doivent monter jusqu'à presque 300 mgs pour atteindre l'indifférence.

Le Baclofène à trois défauts majeurs :

  • Il échappe complètement à la filière classique et habituelle de la découverte médicale et pourtant, il guérit.
  • C'est un médicament générique, il ne coûte rien et ne rapporte rien. Aucun enjeu financier, aucun jack-pot possible pour les labos qui préfèrent naturellement breveter.
  • S'il n'y a pas de profits financiers à escompter côté industrie, il n'y a ni palmes, ni honneur à espérer du côté de la « Faculté » pour des alcoologues réputés et reconnus qui passent à côté de la découverte.

La colère d'un médecin

Est-ce pour cette raison que plusieurs médecins s'intéressent plutôt à une autre molécule, le Nalmefene ? Dans le Figaro, on a pu lire ce 15 septembre :

« […] le Nalmefene permettrait d'agir sur la consommation excessive d'alcool et offrirait à des patients la possibilité de redevenir des buveurs modérés et non pas abstinents. Une vraie nouveauté. »

Comment ça une « vraie nouveauté » ?

En février 2011, cela fera deux ans que mon compagnon est guéri sous Baclofène. Il le doit, je le dois, à Olivier Ameisen et à Renaud de Beaurepaire.

                                                                                   L'édito de Renaud de Beaurepaire dans la revue Le Courrier des addictions.

La colère de ce dernier à l'égard de certains de ses confrères, trop timorés ou influençables, mérite d'être rendue publique. Il en va de la vie de certains malades.

Vous trouverez, dans l'édito de Renaud de Beaurepaire dans la revue Le Courrier des addictions, toute la sensibilité d'un vrai médecin. La passion, et l'enthousiasme. De l'exaspération aussi et une très légitime colère.

Photo : des bouteilles d'alcool (Arthur Caranta/Flickr).

Olivier Ameisen - Le dernier verre

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